L'équipe de BALADES vous présente ses meilleurs voeux pour 2012 !
Rando autrement
Nordic walking, la nouvelle vague
par Christophe Migeon
Bien plus qu'un compromis entre balade traditionnelle et footing, la marche nordique est un concept de bien-être que certains n'hésitent pas à qualifier de révolutionnaire. La vague nordique arrive...
« La meilleure façon de marcher, c'est sûrement la nôtre : poser un pied devant l'autre et recommencer... » L'ère des godillots et du bâton de noisetier est bien révolue, place à l'efficacité des nordic sticks, place à la souplesse des chaussures tige basse, en un mot place à la marche nordique et au futur !
J'en vois déjà certains se tortiller sur leur siège et faire la grimace : « Le nordic walking ? Un produit marketing destiné à rendre plus glamour notre bonne vieille randonnée, un éphémère autant que futile phénomène de mode qui passera aux oubliettes dès le printemps prochain. Encore un coup des Américains ! » Et bien non, ami anglophobe, il ne s'agit point là d'un simple relookage et pour une fois, l'Oncle Sam n'y est pour rien. Tout commence il y a une dizaine d'années dans les forêts finlandaises, quand les skieurs de fond en manque d'exercice pendant l'été décident de faire comme si la neige était là et se mettent à arpenter les chemins en se propulsant avec leurs bâtons. La randonnée nordique était née.
Le grand public découvre un sport doux qui ménage les articulations et sollicite le coeur. La passion pour le sauvakävely (sport-santé) enflamme alors les esprits. L'activité embrase bientôt le nord de l'Europe et se propage à la vitesse d'un feu de broussailles à d'autres régions du monde comme les Etats-Unis ou le Japon. Même l'inoxydable chanteuse pop Madonna s'y est mise.
L'accessoire indispensable : le bâton
Par une de ces belles matinées d'automne, une bonne dizaine de voitures vient se ranger sur le petit parking des Essarts-Le-Roi, à deux pas de la forêt de Rambouillet. Une quinzaine de personnes se sont donné rendez-vous pour une initiation à la marche nordique. Izabel Le Calvez, éducateur sportif brevetée d'État et instructeur de la jeune Fédération française de nordic walking (FFNW) a dû refuser du monde. Un groupe assez hétéroclite, avec bon nombre de femmes de 40 à 60 ans, uni dans un désir commun d'activité en plein air, curiosité envers la nouvelle discipline et rejet du footing. Chacun découvre et étudie avec intérêt ses deux nouveaux compagnons de rando, les fameux bâtons, prêtés pour l'occasion par Izabel. Voilà bien le nerf de la guerre : les bâtons ! Certains trekkeurs vont arguer : « Cela fait des années que nous marchons avec des bâtons et on n'en fait pas tout un plat ! » Non seulement les traditionnels bâtons sont en aluminium, matériau qui transmet les vibrations mais aussi, sacrilège suprême pour les « nordistes », télescopiques. Rien de plus problématique, disent-ils, quand on se trouve en poussée quasi-permanente ou quand, pour franchir un obstacle, on s'y appuie de tout son poids. Raccourcissements inopinés, cassures soudaines ont déjà refroidi quelques ardeurs et ébréché quelques dents.
Le nordic stick (bâton nordique) se doit d'être d'un seul tenant et en matériau composite, carbone ou fibre de verre, combinant résistance et flexibilité. Mais ce n'est pas tout. Outre les poignées, forcément ergonomiques, il doit être équipé d'une dragonne, voire d'un gantelet qui englobe la main et permet au bâton d'accompagner le bras sans serrer les doigts. Avant d'attaquer la rando, une séance d'échauffement de dix minutes s'impose. Des exercices préliminaires avec bâtons permettent d'élever le rythme cardiaque et d'assouplir les muscles.
Débutants, pas plus de deux heures
Après l'échauffement, nous voici sur un joli chemin plat, nez au vent et bâtons à la traîne. « Pour commencer, marchez comme si les bâtons n'existaient pas. Retrouvez le mouvement naturel de la marche, ce mécanisme de pendule alterné des bras et des jambes. Peu à peu, vous aller sentir les bâtons accrocher derrière et pousser votre corps vers l'avant. » Cela paraît être d'une confondante évidence, mais pas toujours spontané. La foulée s'allonge, l'amplitude des bras augmente, on ressent clairement l'effet de la propulsion. Non seulement on va plus vite, mais les bâtons permettent une meilleure répartition des charges sur les quatre « membres », allègent la pression sur les chevilles, les genoux, les hanches et ces damnées lombaires. Douce sensation de légèreté et de vélocité. « Le trekkeur classique place ses bâtons en avant et les utilise pour se tracter. Ici la pointe du bâton ne dépasse pas les hanches, on pousse, on ne tire pas dessus. » Passées la rivière Yvette, un talus herbeux permet de s'exercer à la pente. Adaptation de la longueur des pas. Encore une grande descente derrière Levis-Saint-Nom, puis c'est déjà le retour. « Pour les débutants, deux heures, c'est le grand maximum. Lors de la dernière demi-heure, ils s'emmêlent les pinceaux et il peut y avoir des chutes. » Fin de parcours, pas de culbute à déplorer, petite séance d'assouplissement, et voilà le groupe de néophytes, manifestement conquis par la pratique, prêts à signer pour une nouvelle randonnée afin d'approfondir la technique.
Pour en savoir plus, rencontre le lendemain avec Gérard Bernabé, formateur à la FFNW, à Nemours, près de Fontainebleau. Gérard forme des instructeurs de marche nordique. Une dizaine de marcheurs confirmés ont été conviés pour une sortie tout terrain en forêt de Nanteau. Le rythme est plus soutenu que la veille, on peaufine sa technique. « Il doit y avoir une poussée du bras seulement quand la main se trouve au niveau de la hanche. Si tu ne pousses pas, autant faire de la balade avec bâtons en alu. Le buste est droit, les épaules un peu vers l'arrière, les abdos tendus. 85 % des muscles du corps travaillent. À chaque pas, on effectue une légère torsion du torse : quand on pousse sur la main droite, l'épaule s'ouvre du même côté. Le nordic walking permet de mieux s'oxygéner et de se redresser. » Voici les pentes sablonneuses. Grâce aux bâtons, on dévale les talus par petits sauts comme à ski ou on grimpe en douceur sur les rochers.
Les bienfaits de cette discipline
Cet aspect fun attire les jeunes qui se morfondent dans les randos pépères. Quentin, 17 ans, accompagne ainsi régulièrement son père Michel qui précise : « Avant, il fallait le traîner et trouvait ça trop mollasson. Maintenant, il vient presque tout le temps... » Plus qu'une simple pratique, la marche nordique intéresse le monde médical. Patricia, attachée de recherche clinique, étudie ses possibles applications pour résoudre certaines pathologies. « À l'occasion de mon mémoire sur l'intérêt de la marche active pour la dépense énergétique des personnes obèses, je me suis aperçue que c'est une activité qui permet de brûler pas mal de graisses. Pousser sur les bras élimine en gros 400 calories en une heure, au lieu de 280. Il y aurait aussi des résultats sensibles dans le traitement de la maladie de Parkinson, du diabète, de l'asthme ou en rééducation cardiaque. De nombreux sportifs de haut niveau l'ont adoptée comme entraînement de fond. C'est un exercice épatant pour les femmes enceintes...» Michel, 54 ans, 108 kilos, confirme : « À chaque fois, je perds au moins 1 à 2 kilos même en m'hydratant. À mon avis, je ne perds pas que de l'eau ! Cela fait un bien fou : plus mal aux genoux, très peu de fatigue le lendemain. »
Retour vers les véhicules, les muscles saturés de suaves endorphines après trois heures d'effort physique plus ou moins intense. L'exercice n'a rien d'une sinécure. Une agréable sensation d'avoir fait travailler l'ensemble de son système cardio-vasculaire sans brutalité pour le corps. Une technicité relativement simple, du plaisir dès le début, la douce combinaison de l'effort physique et de la détente de l'esprit. On s'amuse et, en plus, c'est bon pour la santé. Difficile de résister à la nordic mania...

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